Dialogues en Humanité

Logo_Dialogues_en_HumaniteC’est comme la tension qui s’éprend dans le cœur et dont on se doute qu’elle est la même chez elle, juste avant d’embrasser la personne qu’on aime ;

c’est comme la tension que l’on ressent chez soi et que l’on préjuge chez les autres conducteurs quand, vers 17h, le gars de d’vant ne daigne pas démarrer au quart de tour quand le rouge passe au vert ;

c’est comme, avec une bande son tambours et cors battant et soufflant crescendo, quand les acteurs principaux et les figurants s’attellent à régler les derniers détails,  tous s’agitant avant l’une des scènes principales du film…

Quelque chose se prépare.

Dimanche – comme vendredi et samedi – l’histoire (je n’ai pas eu la clairvoyance du « H » majuscule) se faisait certainement au Parc de la Tête d’Or. Avec la même émotion, la même énergie et la même fébrilité de ces lendemains qui s’apprêtent à chanter, une mécanique qui commence (qui continue) à s’agencer. Cette rumeur, ce brouhaha des Dialogues en Humanités ; ses citoyens engagés, ses passants curieux qui le temps d’une après-midi de dimanche, ont appris, assis dans l’herbe, à l’ombre d’un arbre ou sous le soleil, que le monde pouvait être différent, qu’il pouvait changer, qu’il changeait déjà.

Village de solidarité, village de convivialité, les Dialogues en Humanité étalaient près d’une quarantaine d’ateliers qui invitaient à faire autrement et à découvrir comment le faire. Consommation responsable, contes, siestes musicales, libération émotionnelle, création collective, accrobranche, bricolage, yoga, santé, cultures étrangères… J’en passe et certainement des meilleurs (sans oublier l’important, on y vient dans quelques lignes).

Des zinzins du quinoa, des gogos de zαrα ?

D’aucuns pourront dire que tout ça est assez bizarre. Des passants d’ailleurs, devant un atelier chant de relaxation pouvaient rester interloqués.


Et puis j’ai compris. J’ai compris que des gens qui avaient décidé de choisir un mode de vie différent, que des gens qui ne se parlaient pas souvent, qui n’en avaient pas l’occasion, pouvaient prendre des habitudes certainement trop divergentes pour qu’au premier contact l’osmose opère sans incongruité.

Pas que je veuille forcer un consensus naïf et benêt du respect béat de tous en réciprocité. Quoi qu’à comparer avec d’autres situations, ce ne serait pas la pire des manières de vivre. Mais il y aurait certainement quelques pas à faire pour comprendre l’autre. A moins que nous ne souffrions pas d’isolement, de manque de lien social, de sincérité et de sérénité, à moins que tout le monde aille bien et que la modernité soit rythmée à la seule tonalité HDMI de BFM-TV, à la profondeur des Anges de la télé réalité, à l’impératif de l’export, au sonnant et trébuchant d’un pouvoir d’achat que l’on cherche au fond de sa boite à pièce.

Les uns ne sont pas que des zinzins qui mangent du quinoa et parlent aux coccinelles. Les autres ne sont pas que des gogos qui raffolent des T-shirts synthétiques surmargés et fabriqués pour rien par des bengladais de 10 ans qui attendent, déchirés sous les gravas, un peu plus de justice sociale.

Et puis quoi de si différent entre un atelier ouvert et libre de relaxation par le chant traditionnel pied nu, allongé dans la grass rout et un séminaire de coach personality training en costume Hogu Buss ? Le prix, peut-être. Et quelques autres petites choses.

Économie sociale et solidaire, citoyenneté ou télé, c’est vous qui choisissez.

Mais le plus important peut-être, on y vient, c’est ce village comme capitale internationale de l’alternative, comme hub de la citoyenneté, comme pôle de convivialité, comme cluster de réflexions et d’innovations (sociales). Et pour se faire, et juste pour deux heures un dimanche au soleil – deux heures, un dimanche, au soleil – deux (plus que deux) agoras ont réuni des citoyens engagés, d’autres qui se sont dit pourquoi pas, des témoins et des acteurs qui venaient d’ici et d’un peu plus loin, Haïti, Brésil, Inde, Maghreb. Pour le peu que j’ai vu.

Agora citoyenne Dialogues en Humanité Lyon

Agora citoyenne Dialogues en Humanité Lyon

Deux agoras. On les croyait impossibles à organiser. Pas assez de place, les gens n’en veulent pas, n’ont pas le temps, la politique est sérieuse, trop pour s’émanciper des institutions sérieuses. Pourtant, ça s’est fait. Photo pour preuve à l’appui :

Et de quoi avons nous discuté ? De quoi avons-nous entendu parler ? Donné en mille : d’économie sociale et solidaire et de citoyenneté. Pour ceux qui n’étaient pas là ; pour ceux qui avaient mieux à faire ; pour ceux qui regardaient pédaler les 180 (entre autres excuses raisonnables et légitimes), on résume, pour que vous puissiez, la prochaine fois, prendre le train en marche. C’est parti :

Gandhi… de penser à des choses toutes simples!

Gandhi, c’est pas n’importe qui. Il rivalise au moins avec Steve, le bonhomme d’Apple et ses conférences comme des prêches. Gandhi, quand il appelle à un modèle de développement participatif, par le bas, avec les gens qui vont vivre dans ce modèle de développement – pas bête ; quand il appelle à consommer sans cupidité et plus encore en préservant les ressources – pas bête; quand il enjoint de s’occuper des populations sacrifiées en leur donnant les capacités de l’autonomie par la responsabilisation – pas bête ; quand il propose de ne pas imposer comme unique solution des technologies trop chères pour certains pays qui n’ont pas les moyens de s’en servir – pas… ; quand il constate que l’urbanisation croissante a incité les acteurs publics à privilégier les investissements dans les villes en oubliant, en négligeant les campagnes.

Pas bête. (Les opinions contre peuvent être formulées à la page contact)

Alors c’est vrai, ces réflexions se sont basées sur l’expérience indienne, qui plus est d’il y a près d’un siècle. Mais à regarder le Tour De France (on y revient en grande boucle), on se dit que peut-être certaines de nos campagnes gagneraient à sortir d’un objet patrimonial qui n’attend plus que d’être pris en photo. #DéveloppementLocalNouvelleGénération.

SEB, c’est Bien (slogan emprunté)

Alors il faut se méfier des engagements humanistes d’entreprises qui ont compris que le monde devient un peu plus responsable. Mac Do change son rouge pour du vert. Ça fait pas tout et il continue bien comme avant. Une question de part de marché. Mais là, Joël Tronchon, Directeur du développement durable et Délégué général de la fondation de l’entreprise nous a dit trois choses plutôt pertinentes :

Joël Tronchon

Joël Tronchon

L’économie circulaire est à la mode. Pratique dans les pays du Sud qui ne peuvent se permettre de gaspiller, elle devient fashion chez nous parce que les déchets, avec un peu de bon sens et d’intelligence, sont des matériaux récupérables qui peuvent resservir et – donc – avoir de la valeur. Plutôt que de jeter. Et donc les entreprises commencent un peu à s’y mettre.

(Attention, lecture en espagnol) En América del Sur, on a l’exemple de la Colombie, de l’incitation à ramener les casseroles usagées pour les fondre et en faire de nouvelles. Optimisation des ressources, pas de pollution dans une décharge et en plus, création d’emplois nouveaux et donc de valeur économique et sociale.

Un autre exemple a été cité : la location. C’est vrai, à quoi bon 200 personnes d’un village achèteraient chacun un taille-haie électrique, alors que s’ils en achetaient 10 ensemble, ils pourraient économiser, échanger, s’entraider ?

Girl power for life with flowers!

Katia est responsable du réseau des coopératives de solidarité dans les favelas de Salvador de Bahia, au Brésil. L’Économie Sociale et Solidaire concrètement. L’idée de base, comme toujours en ESS, produire et consommer autrement, le partage du pouvoir au sein de l’entreprise, la place centrale de l’Humain, du bien-être de l’individu, au cœur de l’activité économique – sans oublier les bénéfices, les entreprises de l’ESS sont viables et performantes.

Concrètement(?) : Une cartographie de près de 150 structures pour informer et mettre en réseau ; des entreprises, gérées par des femmes qui permettent de lutter contre les violences qui leurs sont faites ; qui évitent de s’engager dans la drogue ; qui leur permettent d’avoir de l’argent pour reprendre les études. Et tout ça, sur la base d’activités économiques. L’économique au service de l’humain. Des entreprises comme la confection d’épices : une coopérative travaille à la campagne pour faire pousser les graines et puis une autre coopérative qui, à la ville, les mélange et les vend. Le travail en réseau, la solidarité des populations de la ville et de la campagne. L’ESS ! :)

Et puis une autre activité, celle du textile, avec entre autres la commande publique de l’État qui a pour obligation d’acheter 30% de ses produits sur son sol. Des poches du Brésil aux poches du Brésil (pour pasticher la formule de Robin Hood).

La Tour de Babel qui redescend vers le monde où elle est bâtie

Debora Nunes

Debora Nunes

Et puis enfin, une autre dynamique dans cette Agora sur une « Économie circulaire, intelligente et bienveillante » ; celle du rôle de l’université, de son inscription au cœur, en lien direct avec la société. Les professeurs, les étudiants de plusieurs disciplines qui sont engagés à soutenir les projets d’économie sociale et solidaire dans leur environnement. Les observer, leur apporter leur concours pour un plus grand succès, la science au service de la société, au service de la résolution des problèmes sociaux via entre autres des incubateurs ESS, des Clusters ESS.

Et puis Debora Nunes, Présidente du REDE, réseau d’économie sociale au Brésil, a évoqué un autre point, celle de la sensibilisation de la population, indispensable qu’elle est comme complément à l’appui, à l’incitation à la production coopérative. Question d’offre et de demande. (Puissent ces colonnes y contribuer un peu.) Et une illustration : le brechò Eco Solidàrio qui démontre en le faisant, la possibilité le temps d’un marché, d’échanger des biens, d’acheter des biens issus des coopératives et ce, avec une monnaie locale.

Aller, terminons-en, le peloton peut raccrocher les échappées.

Le train qui passe et que l’on vient de rattraper. Montez à bord ! Un peu de pub citoyenne. Parce qu’au même moment, dans une autre Agora (deux Agoras en même temps ? Oui ! Et même trois !), dans une autre Agora donc, il était question d’initiatives et d’engagements citoyens. On a parlé du Pacte Civique (un autre mouvement citoyen) ; de Newmanity (un autre mouvement citoyen) ; des Colibris (un autre mouvement citoyen) ; des Petits débrouillards (une association d’éducation populaire par la science) ; et puis Europie (un festi-forum de l’alternative qui a lieu du 23 au 25 Août à Toulouse) ; le Collectif Roosevelt 2012 qui pose en avant les problèmes macro-économiques. Et plein d’autres…

Trains d'assos

Le train est là, pleins de wagons pour enter en Dialogues en Humanités.