No es una crisis

Photo d’un monde qui se réinvente

Quand on arrive près des Locaux-motiv’ (à Lyon, dans le 7°), on touche un bout de Berlin, de Portland ou d’Amsterdam, de ces villes ou de leurs quartiers qui témoignent de l’esprit dissident, alternatif, créatif   – c’est selon et certainement tout plein d’autres choses – des gens qui y vivent.

J’en veux pour preuve un signal faible qui pose le cadre tout de suite : cette série de vélos posés, accrochés, garés, attachés sur les grilles d’un mini parc dont on se demande pourquoi il est ainsi encerclé, et dont il faut en faire un bon quart de tour pour y trouver une place pour notre propre deux-roues.

Comprenons bien, c’est plus que des vélos accrochés. C’est l’expression pratique et discrète, symptomatique, de l’existence d’un microcosme, d’une communauté qui au sein d’un environnement global donné se propose de ne pas renoncer au mode de vie qu’elle a choisi, de résister (si je puis me permettre) en s’adaptant et en s’appropriant l’existant.

C’est vrai qu’à y penser trois minutes, on pourrait estimer pertinent qu’à proximité d’un local accueillant un bon nombre d’associations, nous puissions trouver un ou deux de ces parcs à vélo. Qu’à cela ne tienne!

C’est vrai que devant les locaux qui abritent bon nombre d’associations on pourrait s’attendre à y voir des bancs sur lesquels les gens de dedans pourraient dehors, pendant la pause ou pour une cigarette, poursuivre la convivialité qu’ils vivent à l’intérieur.  Qu’à cela ne tienne, un appui de fenêtre ou un poteau à hauteur de hanche pour y poser son verre et quelques décimètres carrés de bitume en guise de siège, on s’en sort ainsi.

Cela dit, si un agent municipal venait à lire ce texte, puisse-t-il s’y rendre, constater et aménager. En plus, j’en suis persuadé, il recevrait un accueil des plus agréables avec jus de pomme bio et local. Mais allons au fait!

Soirée ciné, ciné citoyen

Mercredi c’était la journée ville en bien commun. C’est a peu près clair dans le titre, comment vivre ensemble et bien dans la ville. A cet effet et entre autres événements, dans les Locaux motiv’ se sont déroulés des ateliers de réflexions sur l’habitat partagé, sur les circuits-courts et en fin de journée, c’est l’objet principal de cet article, une projection d’un web-documentaire qui relate les événements, l’ambiance et les conditions de vie en Espagne pendant et depuis la crise économique qui a touché le peuple ibérique. Le web-doc’ vient de sortir. C’est en quelque sorte le récit d’une exclue que vous lisez.

C’est à la suite des événements de Puerta Del Sol, le mouvement des indignés espagnol, que les deux réalisateurs lyonnais, non satisfaits du traitement médiatique qui en était fait en France, ont décidé d’aller voir de plus près ce qui se passait. Bon, les chaines d’info n’ont pas accepté de les aider avec un «vous savez, la politique, l’économie, ça n’intéresse pas nos téléspectateurs.» Ah, bon. Qu’à cela ne tienne, les deux vidéo-reporters ont fait appel à un financement participatif (citoyen), une ou deux fondations et sont partis en Espagne.

Ce soir, de ce web-documentaire nous n’avons eu le temps que de traverser que quelques extraits parce que l’ensemble des séquences durent 3h. N’ayez pas peur, toutes les petite séquences sont visibles au bon vouloir et au fil de vos connexions.

Un web-doc’, qu’est-ce que c’est?

Ça ressemble beaucoup à un documentaire et on le trouve sur internet, bien sur. Il est facilement, librement accessible sur la toile et intègre les potentiels des technologies 2.0 pour proposer un ensemble de vidéos qui sont agencés depuis une plateforme, une interface ludique qui permet au spectateur-internaute de choisir les vidéos, les sujets qui lui plait de découvrir.

 

Les tableaux que nous avons vu ce soir, on évoqué trois petites choses qui ne peuvent qu’interpeler l’émotion ou la raison politique. Petite slave :

On y voit la mobilisation citoyenne, la plus conséquente que l’Espagne ait vécue depuis la fin du Régime de Franco et le début de la Movida, des manifestations, des débats citoyens dans les quartiers et devant le Congreso de los Diputados. Des assemblées de quartiers qui permettent aux citoyens de s’entraider, de s’informer sur les enjeux de la crise et sur les possibilité concrètes de survie.

L’enjeu est de taille. Le peuple espagnol à subit près de 500.000 expulsions. Des situations inextricables, où des gens qui ont acheté une maison d’une valeur de 70.000€ se doivent maintenant d’en rembourser auprès de la banque une valeur de 400.000€ (intérêts des intérêts compris). Des personnes en retraite qui n’ont pour vivre qu’une pension de 500€ ou des chômeurs qui n’arrivent pas à retrouver du travail.

Le web-doc’ pour apprendre plein de choses.

Comme cette propriétaire qui ne comprend que trop peu le sauvetage prioritaire des banques, leur renflouement par l’État et donc les citoyens et leur exigence simultanée d’expulser les propriétaires et locataires qui ont de grandes difficultés à payer. Elle-même qui attend l’huissier en retenant tant bien que mal ses larmes.

Un autre tableau est celui de la Ciudad Valdeluz. Symbole de l’ironie, de l’incongruité de la dérive d’un système économique. Rapidement, parce que le web-doc en dit plus. Un législateur qui viabilise le terrain d’un grand propriétaire terrien qui lui est proche. L’édification par un promoteur d’une ville nouvelle dont la promesse commerciale s’approche du rêve. Et puis la crise financière, la bulle immobilière, plus personnes pour acheter des appartements ; une ville qui devait accueillir 30.000 personnes est devenue une friche désertée, où les sons urbains des voitures et de la porte des commerces qui s’ouvrent laissent place maintenant au seul bruit du vent et de la taule qui s’y courbe et s’y froisse.

Ciudad Valdeluz1

Ciudad Valdeluz2

Un autre tableau, le dernier de la soirée, qui met en avant peut-être l’une des difficultés structurelles de l’Espagne : le dysfonctionnement de ses institutions démocratiques. Des responsables politiques isolés, critiqués et délégitimés.

Un débat ensuite dans la salle – comble. Des détails techniques, informatiques ; l’évolution sur place du mouvement ; les suites pour la diffusion du web-documentaire, Médiapart, le Courrier International et nous maintenant ici. ( :) ) Peut-être Arte.  Et vous, aussi, le bouche à oreille, les réseaux sociaux.

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