SCIC : une entreprise à bénéfice et avec impact social

Attention. Dans cet article on parle économie. On parle entreprise. C’est du sérieux.

Mais l’économie ce n’est pas le bandeau des indices du CAC 40 qui défilent en bas de l’écran ou les analyses aussi rapides que lacunaires, que grossières de l’expert (sic) ès économie de bfmTV. L’économie, nous dit la sociologie économie, c’est un peu plus complexe que l’histoire de l’offre et de la demande qui se rencontrent le soir sur le marché.

L’économie, pour le dire rapidement, c’est une série d’échanges de biens et de services entre des individus, dont les relations recouvrent des enjeux qui dépassent le seul registre du coût, du prix, des bénéfices et qui impactent les conditions de vie.

[Didactique - Lecture facultative] Prenons trois exemples. 1) Derrière le coût d’un produit il y a le salaire. Baisser le coût d’un produit en baissant la rémunération a des conséquences sur le pouvoir d’achat, les conditions de vie au quotidien. Je vous passe le dessin. 2) Rejeter des produits dans la nature sans les traiter pour faire des économies hypothèque la qualité de l’environnement, ou plus trivialement nos vacances. 3) Productivité pour être plus compétitifs, pression au travail, fatigue, stress.

Économie – social – environnement – psychologie. Tout est lié, et sans ces lignes bien entendu, nous le savions. Poke #ExpertÈsÉconomieBFMTV.

Alors on va parler d’entreprise, d’entreprise coopérative, collaborative. C’est quand même un peu plus sérieux.

Entreprendre pour coopérer

Dans les années 90’, l’entrepreneur était à la mode. École de commerce, costume et cravate prêt-à-porter, peut importe l’activité, la fin se conjugue avec les moyens. Peu importe l’objectif, le but est de faire de l’argent. L’Âge des money-makers. Aujourd’hui en survivance, on presse le concept comme un citron jusqu’à inventer le modèle de l’auto-entrepreneur, facile, incomplet et parfois peu efficace pour aider les publics dans un processus d’insertion.

Un nouvel âge d’entrepreneur. Portrait.

DSC06068Xavier est d’une autre trempe d’entrepreneur. Un entrepreneur solidaire. Un homme qui a le goût de la créativité, l’ethos du risque et le sens de la responsabilité. Un entrepreneur qui sait compter des marges commerciales, des coûts en matières premières et en salaire ; qui sait construire un business plan.

Un entrepreneur qui sait faire tout ça mais qui en plus des money-makers, ajoute à son modèle les enjeux de l’utilité sociale, de l’impact positif de son action entrepreneuriale sur son environnement, sur les gens ; qui entreprend avec une diversité de participants la construction d’un projet collectif.

[Rappel pour mémoire] Certains entrepreneurs, franchisés dans une célèbre marque de restauration rapide trop bien connue, n’hésitent pas à acheter un cookie 0,09 cts pour le revendre 1,10€ au client que l’on remercie avec le sourire du money-maker satisfait. La légitimité d’une telle marge ? La relation de confiance, de sincérité entre le vendeur et le client? Et si on pense macro, combien de cookies (ou assimilés) vendus par an? Combien d’€uros dépensés ici et qui auraient pu aller ailleurs, plus utiles?

Pour Xavier, l’un des coopérateurs de la SCIC que nous avons rencontré, c’est différent. Pas d’école de commerce, un diplôme de sociologie qui l’amène à questionner l’articulation entre les motivations personnelles et l’engagement collectif, public. Des parents «paysans et gourmands» qui lui ont transmis une ambition conviviale et puis pléthore de rencontres, un faisceau de fréquentations qui l’ont rapproché des réflexions et des enjeux de société.

Et puis la logique de l’Entrepreneur solidaire, coopérateur se déroule : un cheminement, de la réflexion à l’étonnement – à l’indignation comme on dit – et puis à l’action. La solidarité internationale, les enjeux des armes et des tensions internationales qui pèsent sur les communautés villageoises. Consommer un produit sans savoir d’où il vient, sans savoir s’il est le fruit de personnes en difficulté à l’autre bout de la planète. Et puis un réflexe, pour consommer autrement, il faut produire autrement. Il fréquente Alter Conso, de l’agriculture locale en panier hebdomadaire, ou l’arbralégume – dans la même veine –  et puis finalement, avec d’autres ils se lancent.

En 2011, ensemble ils décident de créer une SCIC, une société coopérative d’intérêt collectif : Sous l’ceriser. Une SCIC de production, de distribution et de consommation de produits bio et locaux, en circuits courts bien entendu.

SCIC, le cadre pour un travail collectif.

Une SCIC, c’est une entreprise, une SARL mais un peu plus ambitieuse ; un statut juridique qui permet de traduire dans le droit des affaires les ambitions solidaires de l’entreprise envers son environnement. C’est l’antithèse de la SA à gros capital qui se permet une OPA sur une entreprise, pour la liquider et faire du bénéfice sans se soucier des emplois et des familles qu’ils faisaient vivre.

Mais la SCIC confère surtout à la diversité des participants, une reconnaissance, un statut officiel qui oblige le collectif à prendre en compte leurs intérêts, leurs prérogatives dans les décisions qu’ils prennent afin de bien les articuler ensemble ; un cadre qui facilite l’implication et l’engagement.

Vous savez les réflexions sur le développement durable, le respect des parties prenantes, des stakeholders, le travail collectif avec les idées et les énergies de tous. Et bien la SCIC en est la parfaite traduction.

Sous l’cerisier, les créateurs, les fondateurs impulsent le mouvement et animent un collectif ; les fournisseurs et les producteurs qui font de la qualité et dont les conditions de travail sont prises en compte est respectées ; les salariés qui font vivre la structure au quotidien ; les bénévoles qui donnent de leur temps pour aider, qui donnent des idées pour participer et amplifier la dynamique de l’entreprise. Et bien sûr les consommateurs qui achètent les produits et font eux aussi vivre la convivialité de la SCIC, on y vient plus bas.

[Marlène, créatrice d'idées] En même temps que Xavier, on a rencontré Marlène, une bénévole de la structure qui participe la vie de la coopérative. Elle travaille sur la communication, elle aide au rayonnage. Elle souffle des recettes et des idées pour « échanger, partager ensemble pour faire avancer le projet. » Bénévolement? Beh oui. « Parce que j’aime bien rendre service. Ça me fait plaisir. Pour moi, je trouve ça mieux de faire avec le cœur de temps en temps plutôt que de toujours chercher l’argent forcément. »

Autre slave d’arguments :

Panier bio

Légumes version circuits courts
© Sous l’cerisier

Mais aussi, au cœur de l’esprit qui anime la création de cette entreprise un idéal, une ambition de qualité et de sens dans l’action. Faire de l’argent : oui. Mais pas n’importe comment. N’arrêtez pas la lecture sur un sentiment de naïveté. C’est très sérieux et ça marche!

Une entreprise qui se base sur des circuits à taille humaine contre la production mécanique et industrielle de kilomètres de saucisses à la chaine. Nous connaissons les noms, les prénoms des producteurs. Plus (!), de temps en temps ils viennent à la boutique pour rencontrer les clients et inversement, Sous l’ceriser  propose des visites dans les fermes qui les fournissent pour que les citadins y voient le travail fait.

Ajoutez à cela, des ateliers de cuisine (gratuits), des dégustations tous les mardis et attendues par les riverains. Et une convivialité ambiante que j’ai constaté sur place : discussions entre clients à la caisse, échanges de recettes. Pas certains qu’on trouve ça à la caisse de l’hyper.

On comprendra aussi les avantages en matière de traçabilité, si Sponghero veut s’inspirer, il peut transformer son organisation en SCIC locale.

Il y a aussi la question de la souveraineté alimentaire. Notre capacité à produire et à consommer hors de la dépendance de quelques rares distributeurs ou de produits alimentaires qui dépendent des mécanismes internationaux de marchés maintenant spéculatifs. Et par la même, la responsabilité économique et sociale envers les producteurs comme les consommateurs qui paient le prix des produits le plus juste, en s’émancipant des pressions de la négociation déséquilibrée (producteurs Vs distributeurs) en s’évitant de payer des marges commerciales exagérées (distributeurs Vs consommateurs).

Serres

Les serres Andalouses

Et puis un autre peut-être. Nous connaissons l’histoire des tomates, produites à l’industrielle en Andalousie sous des serres, par les travailleurs marocains exploités, acheminées par des transporteurs est-européens, emballées ou préparées dans le nord de l’Europe pour être redistribuées sur le territoire. Chaque option de production étant choisie pour ses coûts les plus bas. Peu importe l’impact social et environnemental de ces voyages.

Pour des coûts les plus bas. Mais est-ce un bon argument? On pourrait répondre que oui.  Mais le hiatus des carburants de transports, de la pollution, de la rareté du pétrole et de son coût croissant devrait tout de même nous interpeler. Et quand bien même, ultime argument : Les produits vendus Sous l’cerisier sont moins chers que les mêmes produits en grande surface. Certifiés. Mise à part quelques exceptions comme le jus de pomme mais dont la qualité n’est en rien comparable. Et en plus, vous avez une belle bouteille en verre qui peut resservir !

Encourager, faciliter ces démarches

Sous l’cerisier et les SCIC en général ont la vertu de conjuguer activité économique, création de richesses, et d’emploi avec utilité et plus value sociale, collective. Ces entreprises ont donc partie liée avec l’intérêt général et méritent à nos yeux une attention particulière de la part de l’autorité publique.

Locale municipale, parce que l’apport de la SCIC au territoire est indéniable. Ce que nous avons déjà évoqué, et pour prendre un exemple supplémentaire, alors que certains de nos lecteurs ont du pensé à son propos qu’il s’agissait d’une affaire de bobos qui marchent pieds nus dans l’herbe, nous y avons croisé la mixité sociale, des couleurs de peaux différentes, des âges mélangés, et des voiles de confession musulmane. Communication, dispositifs pour stimuler la création et le développement, l’autorité publique dispose de différents moyens.

Au national, sécuriser le statut pour l’emploi apparait également comme une nécessité. Dans certains cas en effet, un créateur de SCIC qui passe du temps à la mise en place et à la création de son entreprise peut, s’il doit cesser son activité après quelques mois, ne pas se voir reconnaitre ses droits à la sécurité sociale. La prise de risque pour l’utilité sociale sanctionnée par la précarité.

Un autre élément et celui du financement, des garanties très difficiles à obtenir de la part des banques. La BPI, d’autres instruments publics de financement, ou l’incitation des banques traditionnelles à soutenir ces entreprises sont nécessaires.

SousLCerisierPour consommer autrement de la nourriture produite autrement : Allez Sous l’cerisier : 27, rue Michel Servet – 69100 Villeurbanne.


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